Le site de France 5 serait mieux fait, j’aurais pu voir l’intégralité du débat entre Laurence Pieau, Romain Bolzinger et Thomas Hugues à propos du doc les Méthodes choc des paparazzi, diffusé sur Canal mardi dernier. Pas grave. J’ai vu le doc avant sa diffusion et les quelques minutes de Médias le mag que j’ai pu regarder me suffisent.
Le doc de Canal + était plein de promesses, non tenues pour la plupart. La seule réussite de Romain Bolzinger, à mon avis, est d’avoir mis en lumière le fait que Michèle Marchand avait toujours des billes dans le people, et qu’elle était l’éminence grise de PurePeople, ce que la direction du site a toujours tenté de plus ou moins cacher. Pour le reste, on a droit à un énième reportage sur les paparazzi, dans lequel on n’en apprend pas vraiment plus que dans un vieux Droit de savoir de 1997. Mais il a eu le don d’exciter les sens de Thomas Hugues : notre mini-Schneidermann a sauté sur l’occasion pour organiser un débat sur l’ignominie de cette presse people qui lui a souvent payé ses vacances à l’époque où il y figurait avec Laurence Ferrari.
Conséquence : ce dimanche, Thomas Hugues, joker passe-plat de l’information sur TF1 pendant 12 ans avant de devenir garant de la charte déontologique du journaliste pour France 5, a invité Romain Bolzinger pour faire sa fête à Laurence Pieau, à qui on doit reconnaître d’avoir eu le courage de se jeter dans la gueule du loup. Sur le fond, Laurence s’est bien défendue. Sur la forme, il est dommage qu’elle n’assume pas plus et qu’elle ait souvent usé de sa langue de bois.
Le principal reproche que nous font Thomas Hugues et Romain Bolzinger ? Les rédactions des journaux people emploieraient, en connaissance de cause, des photojournalistes aux méthodes parfois illégales ! Diantre ! Ils paieraient des informateurs, auraient des indics chez Air France ou dans la police. Nom de dieu… Loin de moi l’idée de confirmer ou d’infirmer cette incroyable révélation. Je voudrais juste rappeler deux trois petits trucs.
La grande majorité des journaux qui font autre chose que du bâtonnage de dépêches ont besoin d’informations. Pour les avoirs, ces informations, ils ont des indics. Prenez les faits-diversiers du Parisien : ils en ont dans la police et dans d’autres institutions judiciaires, dont des agents violent le secret de l’instruction pour alimenter des articles. Oui, je sais, c’est dingue, aussi dingue que le paparazzi montré dans le reportage, qui paie un flic pour identifier une plaque d’immatriculation.
Combien de scandales viennent de fuites organisées (ou pas) ? Combien d’affaires politico-médiatiques, provoquées par des vols de documents ou la violation de secrets professionnels ont été traitées dans son JT par un Thomas Hugues alors peu regardant sur les sources originelles de l’info qu’il balançait ? S’est-on demandé comment la regrettée Anne-Marie Casteret avait récupéré les documents qui ont permis de faire éclater le scandale du sang contaminé ? Et comment le rapport Tracfin sur Julien Dray a atterri sur le bureau d’un journaliste de l’Est républicain ?
Que dire de cette vénérable institution, le Canard Enchaîné, qui a la réputation de payer ses informateurs ? Justement, quand Laurence Pieau avança timidement cet argument sur le plateau de Médias, Thomas Hugues, à l’aise dans sa robe de procureur, s’est exclamé, outré : «Payer des informateurs ? Mais dans la charte des journalistes, c’est interdit !».
Eh bien figurez-vous, chez Thomas Hugues, que ce n’est pas clairement stipulé dans la charte (dont je ne revendique pas l’application, moi). Par contre – tenez-vous bien Thomas – il y est clairement écrit qu’un « journaliste digne de ce nom s’interdit d’invoquer un titre ou une qualité imaginaires, d’user de moyens déloyaux pour obtenir une information ou surprendre la bonne foi de quiconque.».
Exactement le contraire de ce qu’a fait Romain Bolzinger dans son doc, entre autres pour piéger Mimi en se faisant passer pour ce qu’il n’était pas et en filmant en caméra cachée. Vous savez, ce doc sur lequel vous vous êtes appuyé, aujourd’hui, pour taquiner Laurence Pieau et cette certaine presse qu’elle représente…